Macabradathèque ! une collection de gestes perdus et d’objets qui restent

exposition personnelle // atelier alain lebras // nantes // du 16 mai au 1er juin 2025

L’exposition

interroge la survivance des êtres morts dans notre quotidien, au travers de leurs objets, gestes, images.

En jouant des codes de l’archivage et de l’administration avec une rigueur toute relative pour les associer à la quotidienneté et à la fictionnalité du souvenir, je cherche à traduire l’ambivalence de la perte, en ce qu’elle est un vécu à la fois intime, souvent tu et tabou, mais fondamentalement banal et universel.

À partir d’une collecte méthodique et drôlatique de témoignages, de dessins, de voix, mais aussi de cuillères et de raviolis plastifiés, j’aimerais inviter une communauté de vivants et vivantes dans une exposition à mi-chemin entre la nécropole, le cabinet de curiosités et la salle à manger (ou tout cela à la fois).

Descriptif des œuvres

Le Trousseau imaginaire des mort.es inconnu.es ou Tentative vaine, subjective et parfaitement arbitraire de figurer le microcosme symbolique des souvenirs d’autrui à partir d’objets manufacturés et d’aliments industriels principalement sucrés – 2025

Objets divers, étiquettes, épingles couturières

De la même manière qu’il existe des appartements-témoins où l’on peut déambuler en quête d’une vie quotidienne désirable, il y a ici comme des objets-témoins, à la fois dépositaires oubliés et spectateurs discrets, aussi magiques et déceptifs que les trompe-l’oeil ou les talismans. J’ai choisi chaque objet comme le symbole, proche ou lointain, d’un formulaire de la macabradathèque. En associant chacun d’entre eux à une bribe extraite de ce même formulaire, un peu à la manière des romans d’aventures des années 50 ou des vitrines archéologiques, on peut ainsi se constituer son propre et étrange scénario, entre le jeu du «à qui appartient cet objet» et la chasse aux trésors fantômatiques. Puis – pourquoi pas – y trouver là le fil d’un récit fictionnel et collectif.


Macabradathèque ! – 2025

168 documents A4 (originaux et copies), épingles couturières

PERDU QUELQU’UN.E ? Entre mars et avril de cette année, j’ai transmis autour de moi et distribué dans différents lieux nantais (centres socio-culturels, cafés, associations…) des « formulaires macabres », demandant leur restitution anonyme par voie postale ou dépôt. La Macabradathèque est constituée de ces réponses.

La Macabradathèque, néologisme potache ou bien incantation garantie sans succès, n’a nulle vocation de réparation ou de résurrection.

La Macabradathèque cherche quelque chose du côté de la collection, de la trivialité, de l’inévitable fiction du souvenir, et pourquoi pas de la consolation.

Anna B., que j’enregistre en 2021, me dit à propos des moments vécus avec son amie dont elle est désormais seule dépositaire qu’elle se sent comme «la dernière locutrice d’une langue». Anouar E., me raconte que suite au décès de ses parents, il a la sensation que tous les évènements majeurs de son existence sont comme marquer un but au football « mais t’es tout seul dans le stade en fait… Tu peux le dire à tout le monde… mais c’est pas pareil.».

Alors, contre ces imparables solitudes et l’impossible transmission du souvenir, la Macabradathèque propose de mettre en partage de menues nécrologies, tour à tour légères, amères, douloureuses, cocasses, dans un voisinage de manuscrits cryptiques et de croquis fameux. Fuir l’esprit de sérieux et malgré les douleurs, déni- cher dans les émotions communes la possibilité de la légèreté.

Ainsi, la Macabradathèque se veut un mausolée sans ornement, plus proche de la bibliothèque municipale que du Taj Mahal mais résolument joyeux et quotidien.

Tendres spectres- 2021

pièce sonore en quadriphonie, 16’

2021, j’enregistre une dizaine d’inconnu-e-s rencontré-e-s via les petites an- nonces pour qu’ils me parlent de leurs de leurs « tendres spectres ». Manies, tics, défauts, dans les hésitations et les souffles des vivantes et des vivants, je découpe
et recolle les discrets indices laissés au quotidien. Comme une chimère géante, un tombeau commun où la réalité prend moins de sens que la remémoration.
Avec les voix de : Anika, Anna, Anouar, Aurora, Clothilde, Cyrille, Jérémy, Mademoiselle Maurice, Sophie, Valentina enregistrées à Marseille en 2021.


Le Poulet au Soja- 2025

installation sonore et plastique
mobilier, objets, aliments résinés, archives sonores

« Où sont-ils passés ? Macabradabra ! Les revoilà. »

Je reconstitue le plateau de table de mon enfance. Y dispose assiettes, couverts, raviolis, baguette de pain résinés. Un pot de yahourt terminé, quelques restes. Au centre, un bouillon fume. Les convives viennent-ils de partir ? Vont-ils revenir ? Les visiteurs et visiteuses sont invité.es à s’asseoir, prendre un casque mis à leur disposition. Dans leurs oreilles, les extraits sonores de mes repas d’enfance enregistrés par mes parents.



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